25 septembre 2012

Rapa Nui

Iorana !!

Bonjour a tous...

 

Ca y est, la derniere etape est commencee ! L'ile de Paques... Et si j'y suis c'est entierement grace a mes proches et mes amis, les gens qui me suivent depuis le debut de cette aventure, depuis le debut tout court. Alors deja, avant toute chose, merci a vous... L'ile de Paques est bien le symbole du "paradigme du don", selon les dires de notre professeur de sociologie attitre.

Quelques extraits du voyage pour essayer de vous depeindre ce que je ressens et vis ici : une etape exceptionnelle !

Jour 1 : "Descente de l'avion, la porte s'ouvre, emotion absolue... L'air est lourd, humide. La brise marine me renvoie l'odeur d'une recente pluie tropicale et me revele ainsi les plus subtils aromes de cette terre, perdue au coeur du Pacifique. Les nuages noirs et menacants viennent ecraser les perspectives contre l'ocean, qui s'etend a perte de vue, de toute part. Rapidement, l'ile vient contrer trois prejuges que le guide et les rencontres avaient contribue a me forger. D'une, l'ile est plus boisee que j'imaginais. On m'avait decrit une ile pelee, sterile, et bien qu'on soit tres loin de la selva amazonienne, je remarque des bosquets issus des efforts de replantation de la Conaf et des administrateurs de l'ile. Et pour le forestier que je crois etre, j'en suis ravi. De deux, les jeunes pascuanes sont magnifiques. On me les avait depeintes bien autrement. Pour moi, elles sont les jolies temoins du metissage de l'ile. Entre Amerique latine et Polynesie. Elles sont belles, les traits fins, le teint hale... mais ont ce petit detail qui les rendent plus sublimes encore que les chiliennes : la fleur de tiare dans les cheveux, un chemisier leger et colore qui laisse entrevoir un joli tatouage, les colliers de fleurs, de coquillages... Quant aux hommes... Des guerriers, muscles, surfeurs, tatoues de la tête au pied... Pas de doute possibles, je suis au milieu du Pacifique... Ici le tatouage est culturel et, rapidement, les ateliers ornent l'avenue principale de Hanga Roa. Et dernier prejuge, autre consequence logique de la proximite avec Tahiti, on y parle francais, pas autant que l'incomprehensible Rapa Nui, mais tout de meme. Un des locaux me temoignera avec un accent qui respire le soleil : "Ici c'est tout pitiou, on sait celoui qui fait oune connewie !" Je suis tres bien, je me laise rapidemnt gagner par la serenite insulaire... et si je suis ici c'est grace a l'enorme generosite de ceux qui m'entourent, et qui voyagent dans mon coeur, depuis plus de six mois, malgre les kilometres !"

Jour 2 : "Je suis ici, sur le sommet du Pacifique. Maunga tere Vaka . De ces 530metres d'altitude, ridicules face aux geants andins et l'impresionnant Aconcagua, je domine pourtant le monde qui m'entoure, dans un rayon de 4000km a la ronde. Alors peu m'importe, mais depuis ce cratere inactif, je me sens libre. Je profite de ces derniers instants de liberte absolue, avant le retour progressif vers une vie normale, une vie ou je serai comme tout le monde... Je ne prefere pas y penser et dieu merci, ou je suis, maintenant, c'est absolument imposible a concevoir que dans deux semaines, je serai "chez moi". Le vent decoiffe cette chevelure malentretenue de voyageur et je beneficie d'un panorama sublime sur toute l'ile. Je remarque les crateres et les megalithes qui me paraissent bien moins impresionants d'ou je suis. 360degres d'horizon... Le pacifique, partout, je tourne la tete, dans tous les sens, mais rien a faire : je ne vois que ce liseret ou se marient ciel arrogant et ocean rugissant. Malgre les orages et cette isolement au milieu de tout, comme de rien, je me sens puissant, anime d'une energie qui habite les lieux depuis des millenaires. Et le retour a la "realite" me semble encore beaucoup trop loin. Je me demande meme si cette realite, je ne suis pas en train de la vivre maintenant ! La vie du voyage est facile, insouciante, pleine de nouvelles experiences et rencontres... au quotidien et cela n'a pas de prix, car tout ce que j'engrange en souvenirs et experiences depuis six mois, personne ne pourra jamais me le prendre. JAMAIS"

Jour 3 : "Bienvenue sur Anakena, la seule plage de l'ile volcanique. Je ne peux etoufer un rire peneau, presque niais, mais c'est la seule reaction normale devant la claque que je suis en train de prendre. Ce meme rire indomptable qui m'avait pris aux thermes avec Cris, ou sur un promontoir rocheux du Sud Lipez...Une plage au sable blanc et fin, devant une cocoteraie caribeenne. L'eau est cristaline sur des metres et des metres. Mais plus que tout, le lieu paradisiaque est domine par huit moais a l'etat de conservation impressionnante. Ceux ci commemorent le premier roi et les premiers eclaireurs qui vinrent sur l'ile aux temps immemoriaux. La combinaison est unique. Je vais me dorer la couenne, sur un site archeologique et sur une plage de carte postale. Je vis un reve eveille, et seuls les coups de soleil que je ressens progressivement me rappellent que je suis bel et bien ici, maintenant, grace a des gens qui n'y mettront peut etre jamais le pied... Et cette sensation est paradoxale, un bonheur immense contenu par une frustration de ne pas les avoir tous avec moi... Merci, ou "Maururu" devrais-je dire... Parfois, je ne sais ce que j'ai fait pour meriter cela, pour vous meriter vous. Love is all"

"Ca y est, c'est la prise de conscience ! Je crois que pour l'instant je vivais un peu dans la continuite du voyage sans reelement me rendre compte d'ou j'etais. Et ce reveil, je le dois a six danseurs locaux, torses nus, muscles et luisant de monoi, arborant fierement leurs silhouettes seches et tatouees. Et quand les guitares electriques, acoustiques et ukuleles entament les premieres notes, je vibre au rythme des premiers chants du fond des ages et toute l'energie de ce peuple liberee dans une danse a la foix guerriere et sensuelle... Je suis transporte. J'ai le coeur lourd, touche aux tripes, les yeux se voilent... Ca y est, je suis sur l'Ile de Paques..."

Jour 4 : " Quelque soit l'endroit ou on est sur Terre, le dimanche matin, les cloches sonnent pour ramener les brebis au bercail. Je decide moi aussi d'aller faire un tour, a l'eglise. Le catholicisme, sur Paques, est un exemple rare du metissage enctre culture et folklore traditionnels et culte chretien. En amerique latine, lors des grandes Conquistas, au nom de la couronne d'Espagne ou de je ne sais quel pape, le catholicisme a fait mal... Il a fait tuer des milliers de paiens mais plus que tout, a converti, congestionne et peu a peu efface les cultures et le culte des civilisations precolombiennes... Et grace a la decouverte tardive de l'ile de Paques, un dimanche de Paques de 1722, les gens ont pu garder leurs traditions en les incorporant aux principes religieux chretiens. Je rentre dans cette modeste eglise qui ne ressemble en rien a nos chefs d'oeuvre europeens, la seule pour les 5000 habitants de l'ile. Les premiers mots sont en rapanui, en francais, en espagnol, en anglais. Ici on vient a l'eglise en robes colorees, en chemises a fleurs, tiare ou ibiscus au cou ou dans les cheveux : symbole absolue de la femenite polynesienne. Ici, pas d'orgues mais un ukulele et un accordeon. Mais surtout, ici les cantiques sont en pascuans, les paroles projetees contre le mur albatre de la nef. Des chants dont je ne capte pas le sens mais qui donne une tentante envie d'onduler le bassin.. Ah, ces vahines !! Je ne suis pas familer avec la religion, puisque j'ai moi meme mes propres convictions : Love is all, en revanche, personne ne pourrait rester de marbre devant une telle ceremonie, haute en couleur, haute en symbolique..."

"Apres une grimpee chaleureuse, nous arrivons, Guillaume et moi, devant le cratere de Runo Kau... Le nombril du monde. Un cratere qui renferme un lac aux eaux sombres et aux colonies sporadiques de jonc totoro, le meme que sur le lac Titicaca... La vue que nous offre le volcan eteint est d'une beaute a couper le souffle. L'eclairage est parfait, en attendant les ondees menacantes qui viennent de l'ouest. Runo Kau, un des lieux qui m'aura le plus marque du voyage, et de loin. A mettre dans la categorie des Torres del Paine, Cerro FitzRoy, Lac Titicaca, Jungle Bolivienne... Un joyau, et j'ai du mal a concevoir comment une telle merveille puisse t'etre aussi isolee du monde; et quelque part tant mieux, cela la preserve du tourisme de masse ! Mais je reste abasourdi, assis la, dans les herbes seches, a observer ce paysage circulaire qui me rappelle une pupille bleue et verte. Sublime !"

Jour 5 : " Apres un joli trajet en bicyclette sur la costanera Sud, nous approchons des flancs de Rano Raraku dont les carrieres de roches volcaniques ont servi a la taille de l'integralite des moais de l'ile. Et quelle sensation etrange de se retrouver a cheminer entre des centaines de tetes et bustes inacheves, sortant du sol comme des zombies, le regard dans le vide, perdu dans l'immensite du Pacifique. Je me sens observe... mais d'un autre cote, je ne sais ou donner de la tete tant il faut chercher le detail partout. Le site est tres beau, et donne sur l'ahu Tongariki, contenant quinze moais, le plus grand Ahu jamais erige par la civilisation pascuane. Et evidemment... Cela rajoute encore un peu de cachet!"

Jour 6 : "Avec Guillaume, nous nous levons a 5h45 du matin ! Le programme est clair, nous allons pedaler une bonne heure en nocturne pour aller assister au meilleur "amanecer" de ma vie a l'ahu Tongariki. Arrives sur place, peu a peu le ciel poupre s'eclaircit et berce de couleurs chaleureuses les quinze moais imperturbables, sublimant leurs silhouettes. Peu a peu, le soleil se leve et le disque embrase vient se lover entre les hommes de pierre. Le ciel se pare de toute sa palette de oranges, de rouges, de roses. Chaque nuage qui vient intercepter la course des rayons du soleil se teinte egalement aux couleurs de l'aube. Sublime. Je suis heureux de m'etre leve si tot pour voir cela. Le monde appartient a ceux qui se levent tot, parait-il...Aujourd'hui, il sera notre !" 

 

Enfin bref, vous l'aurez compris, cette etape est la meilleure du voyage ! Terminer par Rapa Nui est genial ! Meme si mon retour reste encore totalement improbable et difficile a realiser. Il me reste quelques jours pour mediter, a l'ombre des cocotiers d'Anakena, sillonner les routes pascuanes a velo et profiter des derniers instants ici... Sur cette ile si mythique, si mystique...

Une fois de plus, merci a tous ceux qui ont rendu cette etape possible, elle est parfaite et j'espere que ce que je ramene dans mon coeur, dans mon appareil photo et dans mes bagages vous donneront envie d'y aller un jour. Merci, milles mercis ! Maururu, comme pourrait le dire les locaux ! Du fond du coeur, je vous aime... et Love is all !

A tres tres bientot...

Coco

 

Posté par CocoChile à 23:54 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Rapa Nui

    Magnifique, un des meilleurs pour moi! profites des derniers moments! et graves toutes ces images à jamais!!
    besos!! amor es to!!

    Posté par matt demi, 29 septembre 2012 à 01:29 | | Répondre
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